S’il est vrai que l’inquiétude concernant l’avenir de la planète, et des êtres qui la peuplent, a joué un rôle d’accélérateur, les militants qui l’ont initié travaillent depuis très longtemps à la construction d’une alternative.
Ils ont tous, à un moment ou un autre de leur vie, refusé de s’enfermer dans des techniques, des doctrines, des préoccupations strictement pédagogiques ou psychologiques. Ils ont progressivement considéré l’éducation comme un système éminemment politique (les analyses de Bourdieu, Passeron, Establet ne les ont pas surpris), un système complexe (la coéducation, l’éducation extra scolaire, le rôle des media, l’éducation tout au long de la vie...) mettant en jeu le statut de l’enfant (respect de sa personne, prise en compte de son histoire), la dynamique des groupes (création d’une culture commune, d’une « citoyenneté » enfantine, recherche d’une promotion collective).
Beaucoup d’entre eux ont eu le privilège de participer à des « recherches-actions » (plus ou moins affirmées comme telles) qui rassemblaient des équipes entières d’enseignants, des personnels « administratifs » non conformistes, des chercheurs (Institut National de la Recherche Pédagogique).
Ce fut le cas dans les écoles expérimentales du XXème arrondissement parisien animées par Robert Gloton ,inspecteur et président d’un GFEN renaissant , expérience soutenue par Roger Gal de l’INRDP (l’école Vitruve continue le projet depuis près de 50 ans ) puis celui des écoles ouvertes de la Villeneuve de Grenoble (projet municipal dont la partie éducative a été initiée par Rolande et Raymond Millot) qui travaillaient étroitement avec l’INRP (Jean Foucambert, Michel Violet).
Ce qu’ils ont appris ne leur a pas été transmis : ils ont construit ce savoir complexe comme l’enfant construit le sien à partir des réalités de son environnement social , matériel, scolaire…Ils l’ont théorisé en équipe et avec l’aide des chercheurs.
Leur apprentissage ne s’est pas fait dans des situations privilégiées. Milieu très « populaire » dans le XXème, mixité sociale dans les premières années de la Villeneuve (l’expérience a duré 30 ans mais le quartier s’est ghettoïsé progressivement).
Dans les deux cas l’hostilité de l’administration, le corporatisme du corps enseignant et le conservatisme du principal syndicat ont constamment fait obstacle. A Grenoble, l’appui politique (le rôle de la municipalité Dubedout) a été essentiel, mais n’a duré qu’une mandature. Les liens avec les parents et la population ont été déterminants pour la résistance des équipes (soudées tant par leur projet que par l’adversité !).
Cette expérience , dans une durée significative a été particulièrement riche : c’est dès le début des années 60 que les cycles y ont été mis au point, au cours des années 70 que les BCD y ont été initiées, les classes vertes autogérées se sont développées, que la littérature jeunesse a pris son importance à l’école, au début 80 que les « classes lecture » y ont fonctionné, que l’idée de coéducation a été mise en œuvre, que l’implication des enfants dans les problèmes de la cité a été esquissée (« Vivre à l’école en citoyens »), qu’une philosophie éducative systémique s’est concrétisée.
Les militants ont tiré de cette expérience la conviction qu’il ne sert à rien de vouloir la transmettre, qu’il faut essentiellement rendre possible l’institution d’équipes d’établissement (nécessairement constituées de volontaires) pour qu’elle puisse naître, se construire, s’approfondir, se poursuivre et se diffuser.
Des équipes liées par un contrat moral, (une « charte » comme ce fut le cas à la Villeneuve), pleinement responsables et réellement motivées par un projet. Un projet dont le caractère socio politique constitue le ciment (refus de la sélection et de toute exclusion, respect de l’enfant, socio-construction des savoirs et promotion collective, dialogue avec les autres coéducateurs). Un projet qui revendique la forme d’une recherche -action et qui joue un rôle dans la redéfinition de la fonction enseignante et dans la formation des étudiants (IUFM, Sciences de l’Education, Sociologie etc…)
Ils ont cherché à unir les efforts pour que des expériences de ce type se multiplient et deviennent significatives dans l’opinion. Ils ont à cet effet fondé des associations comme DECLIC 38 (pour le Développement d’Ecoles de Collèges et de Lycées d’Initiative Citoyenne) ou Ensemble Changeons l’Ecole pour faire pression sur le pouvoir, notamment en tentant de faire avancer le CNIRS (Conseil National pour l’Innovation et la Réussite Scolaire de Jospin / Lang). Ils ont réussi à publier un article dans Libération à la veille de l’élection présidentielle de 2002…qui a mis fin provisoirement à leurs espoirs.
Ils se sont retrouvés en 2010 et se sont donné les moyens de se faire entendre. C’est pourquoi ils appellent toutes les forces concernées (politiques, parents, associations, ONG, syndicats, intellectuels) à signer ce PACTE pour créer un contexte favorable avant même l’échéance de 2012.
R.M. 26 août 2010
Ils ont tous, à un moment ou un autre de leur vie, refusé de s’enfermer dans des techniques, des doctrines, des préoccupations strictement pédagogiques ou psychologiques. Ils ont progressivement considéré l’éducation comme un système éminemment politique (les analyses de Bourdieu, Passeron, Establet ne les ont pas surpris), un système complexe (la coéducation, l’éducation extra scolaire, le rôle des media, l’éducation tout au long de la vie...) mettant en jeu le statut de l’enfant (respect de sa personne, prise en compte de son histoire), la dynamique des groupes (création d’une culture commune, d’une « citoyenneté » enfantine, recherche d’une promotion collective).
Beaucoup d’entre eux ont eu le privilège de participer à des « recherches-actions » (plus ou moins affirmées comme telles) qui rassemblaient des équipes entières d’enseignants, des personnels « administratifs » non conformistes, des chercheurs (Institut National de la Recherche Pédagogique).
Ce fut le cas dans les écoles expérimentales du XXème arrondissement parisien animées par Robert Gloton ,inspecteur et président d’un GFEN renaissant , expérience soutenue par Roger Gal de l’INRDP (l’école Vitruve continue le projet depuis près de 50 ans ) puis celui des écoles ouvertes de la Villeneuve de Grenoble (projet municipal dont la partie éducative a été initiée par Rolande et Raymond Millot) qui travaillaient étroitement avec l’INRP (Jean Foucambert, Michel Violet).
Ce qu’ils ont appris ne leur a pas été transmis : ils ont construit ce savoir complexe comme l’enfant construit le sien à partir des réalités de son environnement social , matériel, scolaire…Ils l’ont théorisé en équipe et avec l’aide des chercheurs.
Leur apprentissage ne s’est pas fait dans des situations privilégiées. Milieu très « populaire » dans le XXème, mixité sociale dans les premières années de la Villeneuve (l’expérience a duré 30 ans mais le quartier s’est ghettoïsé progressivement).
Dans les deux cas l’hostilité de l’administration, le corporatisme du corps enseignant et le conservatisme du principal syndicat ont constamment fait obstacle. A Grenoble, l’appui politique (le rôle de la municipalité Dubedout) a été essentiel, mais n’a duré qu’une mandature. Les liens avec les parents et la population ont été déterminants pour la résistance des équipes (soudées tant par leur projet que par l’adversité !).
Cette expérience , dans une durée significative a été particulièrement riche : c’est dès le début des années 60 que les cycles y ont été mis au point, au cours des années 70 que les BCD y ont été initiées, les classes vertes autogérées se sont développées, que la littérature jeunesse a pris son importance à l’école, au début 80 que les « classes lecture » y ont fonctionné, que l’idée de coéducation a été mise en œuvre, que l’implication des enfants dans les problèmes de la cité a été esquissée (« Vivre à l’école en citoyens »), qu’une philosophie éducative systémique s’est concrétisée.
Les militants ont tiré de cette expérience la conviction qu’il ne sert à rien de vouloir la transmettre, qu’il faut essentiellement rendre possible l’institution d’équipes d’établissement (nécessairement constituées de volontaires) pour qu’elle puisse naître, se construire, s’approfondir, se poursuivre et se diffuser.
Des équipes liées par un contrat moral, (une « charte » comme ce fut le cas à la Villeneuve), pleinement responsables et réellement motivées par un projet. Un projet dont le caractère socio politique constitue le ciment (refus de la sélection et de toute exclusion, respect de l’enfant, socio-construction des savoirs et promotion collective, dialogue avec les autres coéducateurs). Un projet qui revendique la forme d’une recherche -action et qui joue un rôle dans la redéfinition de la fonction enseignante et dans la formation des étudiants (IUFM, Sciences de l’Education, Sociologie etc…)
Ils ont cherché à unir les efforts pour que des expériences de ce type se multiplient et deviennent significatives dans l’opinion. Ils ont à cet effet fondé des associations comme DECLIC 38 (pour le Développement d’Ecoles de Collèges et de Lycées d’Initiative Citoyenne) ou Ensemble Changeons l’Ecole pour faire pression sur le pouvoir, notamment en tentant de faire avancer le CNIRS (Conseil National pour l’Innovation et la Réussite Scolaire de Jospin / Lang). Ils ont réussi à publier un article dans Libération à la veille de l’élection présidentielle de 2002…qui a mis fin provisoirement à leurs espoirs.
Ils se sont retrouvés en 2010 et se sont donné les moyens de se faire entendre. C’est pourquoi ils appellent toutes les forces concernées (politiques, parents, associations, ONG, syndicats, intellectuels) à signer ce PACTE pour créer un contexte favorable avant même l’échéance de 2012.
R.M. 26 août 2010
A l'origine du pacte éducatif